Ma période Harry Potter
Entouré de la musique des étoiles, Ner survolait le monde en direction du Conseil par une belle nuit d’été. Légères et soyeuses, ses ailes se pliaient et se dépliaient en cadence, conférant à son vol une grâce et une beauté inégalables. Vêtu de sa tenue de Membre du Conseil, c’est-à-dire une robe blanche et son anneau de Lumière, il demeurait invisible aux yeux des êtres humains. Son chemin croisait parfois celui de volatiles errants, mais ils avaient appris à percevoir sa présence et se tenaient respectueusement à l’écart des chemins qu’il empruntait.
En dépit de l’éclat lumineux que dégageait Ner, de sombres pensées agitaient son esprit. Le Conseil ne s’était pas réuni depuis plusieurs décennies, et il en fallait beaucoup pour que les Membres disséminés tout autour du globe prennent la décision de se réunir en assemblée plénière. Que s’était-il donc produit pour que Jehan choisisse cette alternative ? De plus, Ner avait depuis quelques temps ressenti de profonds changements se dessiner dans l’avenir comme si un grand événement se préparait. Mais il ne savait pas lequel. Jusqu’à présent, il avait toujours réussi à percer les ombres qui entourent le futur et à voir par-devers elles, cependant, ses pouvoirs semblaient avoir été grandement diminués par une force qu’il ne connaissait pas et de nombreuses questions le taraudaient pendant son voyage aérien.
Arrivé en vue de la Cité de Paix, il amorça une descente. Les Quatre Lumières de la ville, disposées à chaque point cardinal, étaient toujours allumées, symboles de la pérennité de la Vie. Leur vision familière rasséréna Ner et apaisa son esprit préoccupé. Il y avait bien longtemps qu’il avait quitté la Cité chargée d’histoire pour se réfugier dans les hautes montagnes de l’Asie, loin des tourments de la vie des hommes, mais aussi loin de tout ce qui aurait pu le distraire de ses longues méditations. Pourtant, il n’avait pas oublié sa somptueuse beauté et l’atmosphère particulière qui y régnait. Il repéra l’entrée du Temple du Conseil et se posa en délicatesse devant celle-ci. Au moment où Ner repliait ses ailes, Jehan passait la Grande Porte pour l’accueillir, un large sourire aux lèvres. Ner observa cependant une ride marquée sur son front, signe indéniable que son vieil ami, était en proie à de graves difficultés.
- Ner ! Cela fait si longtemps que j’attendais ta visite ! dit Jehan visiblement ému dans sa longue toge d’un blanc pur. Tu nous avais promis que tu reviendrais et tu as failli à ta promesse !
- Bien sûr que non, puisque je suis là aujourd’hui. Peu importe le moment pourvu que l’événement souhaité se produise, non ?
- Si tu le dis… À peine arrivé, il nous ressort déjà ses vieilles maximes… Par Tamara et Ronan, tu n’as pas changé d’un poil de barbe !
- Oh ! Mais toi non plus Jehan ! Tu es toujours le même ! rétorqua Ner, passant sous silence les ridules qui striaient le visage jadis si lisse de son ami et les cheveux blancs épars qu’il avait malhabilement dissimulés dans sa chevelure sombre.
- Cesse de te moquer de moi comme cela, Ner ! rétorqua Jehan avec un sourire. Tu sais aussi bien que moi que le temps et les soucis ont érodé mon visage, ce qui n’a pas l’air d’être ton cas.
- Serait-ce de la jalousie que je sens poindre dans ta voix ? Le temps m’a aussi affecté mais d’une autre façon. Je t’en parlerai plus tard.
- Comme tu le souhaites, répondit Jehan. Entrons dans le Temple à présent. Je ne suis pas le seul à t’avoir attendu, et tu es le seul Membre qui manquait encore à l’appel.
- Et tu te permets de me retenir en palabres inutiles ? demanda Ner avec un sourire malicieux. De toute façon, tu le sais aussi bien que moi : les vedettes savent se faire attendre.
Sur ce, Ner se dirigea d’un pas digne et noble vers la Grande Porte.
- Tu ne changeras donc jamais ? soupira Jehan.
Sans se retourner, Ner répondit :
- Et pourquoi voudrais-tu que je change ?
*
- Dorian ! Va te coucher s’il te plaît ! dit Ms Donovan avec un grand sourire tandis qu’elle regardait la télévision.
- Mais Maman ! J’ai 14 ans, je suis plus un bébé ! Et de toute façon, tu sais aussi bien que moi que je n’arriverai pas à dormir ! lui répondit Dorian.
- Qui ne tente rien n’a rien ! rétorqua sa mère d’un ton enjoué.
Le jeune homme lui lança dans le dos un regard sombre et lourd de reproches qu’elle aurait très certainement apprécié à sa juste valeur. Sachant qu’une fois de plus, elle aurait le dessus, il se résigna à se rendre dans sa chambre, tout en sachant pertinemment qu’il ne réussirait pas à trouver le sommeil. Il entamerait dès demain sa quatrième année à Poudlard, la célèbre école de sorcellerie, et une intense excitation parcourait ses veines. Le monde magique lui avait énormément manqué pendant ces deux mois, et sa mère avait beau être très gentille (excepté au moment d’aller dormir), loin du château, il se sentait comme amputé d’une partie de lui. Ces vacances l’avaient vu grandir à une vitesse fulgurante, et ses cheveux d’un roux flamboyant s’éloignaient de plus en plus de ses pieds. Ses traits s’affermissaient avec l’âge, mais son regard rêveur n’avait pas disparu pour autant : ses yeux marrons avaient conservé la candeur de l’innocence.
Sa mère était une Moldue, et quand il avait reçu la lettre de l’école, elle avait tenté de le convaincre que tout cela n’était certainement qu’une farce inventée par ses camarades de classe pour tester sa crédulité. Mais il était certain que ce monde qu’il ne connaissait pas existait. Il avait longtemps lu et relu la lettre envoyée par le professeur McGonagall ainsi que l’annexe fournie aux élèves n’ayant aucune personne pour les guider dans le monde magique et tout lui paraissait étrangement véridique. Il avait repéré sur un plan de Londres l’adresse du Chaudron Baveur qui permettait d’accéder au Chemin de Traverse, l’endroit où il devrait aller acheter ses fournitures. À force d’opiniâtreté, il avait réussi à faire céder sa mère qui l’avait accompagnée jusqu’à Londres, fulminant tout au long du chemin sur la naïveté de son rejeton et sur sa propre faiblesse puisqu’elle avait accepté de se rendre dans ce lieu mystérieux avec lui. Intérieurement, Dorian rayonnait de joie. Il était un sorcier ! Certes, il n’avait pas à sa connaissance de supers pouvoirs ; il avait tout essayé : claquer des doigts, cligner des yeux, siffler, prononcer des formules toutes plus ridicules les unes que les autres, méditer, il avait même tenté de préparer une potion à base de sauce tomate et d’épices, mais sa mère avait fait irruption dans la cuisine et l’avait fait avaler l’horrible mixture qu’il avait concoctée. Et à présent, il partait acheter ses fournitures, il pourrait faire de la magie, aider sa mère à payer ses factures, agrandir leur maison, plus de corvées ! Plus de difficultés ! L’avenir s’annonçait radieux. Après s’être perdus au moins trois fois (Ta cheminée Baveuse n’existe pas ! avait répété sa mère à de nombreuses reprises), ils trouvèrent enfin l’emplacement du pub tant recherché. Son aspect glauque et lugubre provoqua chez Ms Donovan un haussement de sourcil qui en disait long sur ce qu’elle pensait de cet endroit. Ils entrèrent, quelque peu angoissés par les étranges créatures qui se trouvaient dans la pièce : vêtues de longues capes sombres, un groupe de personnes au teint très pâle dégustaient un repas à l’aspect peu ragoûtant. Dorian et sa mère se dirigèrent vers le comptoir où ils se renseignèrent sur la façon de se rendre au Chemin de Traverse. Là, on leur expliqua que l’ouverture du Chemin nécessitait l’usage d’une baguette et le tenancier délégua l’un de ses assistants pour leur ouvrir la voie. Ils sortirent du pub par une porte dérobée et suivirent leur guide improvisé. Une petite cour les accueillit, mais le rang de poubelles nauséabondes n’arrangea pas l’humeur de MS Donovan. Leur guide sortit sa baguette et tapota certaines pierres du mur qui ceinturait la cour. Soudain, toutes les briques se mirent à bouger d’elles-mêmes ; Dorian était fou de joie tandis que sa mère ne parvenait plus à fermer la bouche tant elle était surprise. L’homme qui les accompagnait souriait, visiblement amusé par cette scène à laquelle il devait être habitué.
- Vous pouvez y aller, dit-il.
Se tenant la main, Ms Donovan et son fils pénétrèrent sur le Chemin de Traverse qui s’avérait être un vrai plaisir pour les yeux. Conformément aux directives laissées par le professeur McGonagall, ils se dirigèrent tout d’abord vers la banque des sorciers, Gringotts, afin d’effectuer le change entre la monnaie moldue et la monnaie sorcière. Ils ouvrirent également un compte où ils déposèrent quelques économies. Puis ils se mirent à la recherche des fournitures nécessaires. Dorian fit l’acquisition d’une superbe baguette en bois de saule contenant une plume de phénix et le vendeur lui indiqua que s’il en prenait soin, cette baguette solide pourrait le suivre toute sa vie. Il ajouta qu’elle serait d’une redoutable efficacité s’il souhaitait allumer un feu, ce qui fit froncer les sourcils de Ms Donovan : manifestement, il devrait patienter avant de pouvoir allumer un feu…
*
Éliane se leva très tôt ce matin-là. Elle avait avec soin préparé toutes ses affaires pour la rentrée, et elle était certaine de n’avoir rien oublié. Cette quatrième année dans la maison des Poufsouffle s’annonçait sous les meilleurs auspices. Elle descendit prendre son petit-déjeuner – deux tranches de pain de mie généreusement tartinées de Nutella – et salua ses parents et son frère.
- Alors, prête pour une nouvelle année ? lui demanda sa mère.
- Un peu d’appréhension, mais ça passera. Et puis que peut-il m’arriver ? répondit la jeune fille.
- Peut-être que tu vas te faire attaquer comme… ça !
Son frère avait brandi sa baguette (pas sa braguette, bande de lemoneurs !) et menaçait de la diriger vers elle. Éliane, plus rapide avait sorti la sienne – bois de chêne, plume et crin d’hippogriffe - et avait rapidement contré l’attaque. Les deux baguettes provoquèrent des étincelles lorsqu’elles se touchèrent.
- Les enfants ! dit leur père, avec un air déçu. Arrêtez un peu vos enfantillages !
- Papa, tu sais très bien que c’est juste pour rigoler ! répondit William avec un sourire désarmant, tout en rangeant discrètement sa baguette. On ne veut pas vraiment se faire de mal, tu le sais bien !
- Je le sais très bien, mais ce n’est pas une raison pour risquer d’atterrir en urgence à Sainte-Mangouste le jour de la rentrée de ta sœur !
William avait fini ses études à Poudlard un an plus tôt. Il travaillait à présent sur le chemin de Traverse, dans la boutique de Fleury & Bott. Leur père s’occupait des relations publiques pour Gringotts (les gobelins avaient un peu de mal avec les sorciers), et leur mère se rendait chaque jour au Ministère où elle était secrétaire. Éliane était la petite dernière, la plus choyée, la plus chouchoutée, ce qui avait suscité la jalousie de William, mais à la longue il s’y était habitué et ne la taquinait plus que pour plaisanter. Elle lui adressa un regard plein de malice qui signifiait clairement que la partie n’était pas terminée.
Son petit-déjeuner avalé, M. Gutilbum décréta qu’il était temps pour Éliane de se rendre à King’s Cross afin de monter à bord du Poudlard Express. Elle embrassa tendrement Mrs Gutilbum, pinça d’un geste délicat son grand frère à l’épaule (il fit une grimace et ébaucha un mouvement de contre-attaque, mais elle fut encore plus rapide) et sortit de la maison sur les talons de son père qui portait sa valise. Ils vivaient dans un quartier moldu car c’était le désir le plus cher de sa mère : s’éloigner au moins pendant une soirée du monde des sorciers car comme elle aimait à le répéter : Trop de magie tue la magie. Éliane était donc allée à l’école avec les autres enfants du quartier, tout en étant consciente de ses pouvoirs qu’elle n’avait jamais utilisés contre ses camarades, bien qu’elle ait plusieurs fois été tentée… À onze ans, lorsqu’elle avait reçu la lettre de Poudlard, ses parents lui avaient même laisser la possibilité de continuer ses études « normalement » si elle le souhaitait. L’inconnu lui faisait peur, mais elle avait rapidement compris que la sorcellerie était une partie d’elle-même, au même titre que le reste, et qu’elle avait elle aussi le droit de s’épanouir pleinement. C’est donc avec un plaisir renouvelé qu’elle monta à bord de la voiture de son père en direction de la gare de King’s Cross.
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