Ma période Anne Franck

27 février 2007 23:19
 
 

Ses ongles grattaient frénétiquement les murs de béton, espérant en vain qu’un trou se formerait, lui offrant la liberté. Cet homme, sans visage, l’avait prévenue. Si elle ne luttait pas, elle suffoquerait, succombant aux effets du gaz. Autour d’elle, d’autres, nus eux aussi. Ils ne savaient pas. Et si elle leur disait, ils s’affoleraient, la feraient taire. Alors, elle se tut. Continuant son labeur, espérant dans le plus grand des désespoirs. Car elle voulait vivre ! Vivre ! Respirer, sentir le vent, la pluie, le soleil. Elle voulait souffrir, maugréer, médire et maudire, avoir mal à n’en plus supporter la douleur. Mais elle ne voulait pas mourir. Ah ça non ! Elle ne donnerait pas ce plaisir à ses bourreaux !

Elle grattait sans se lasser, tandis que ses ongles se brisaient en morceaux au contact du mur dur et froid comme la mort. La peur enserrait son ventre, et sans qu’elle en prit réellement conscience, son corps se préparait à la mort. Car, bien que son esprit ne cessât de lutter avec acharnement et ténacité, son âme, elle, s’était résignée à la triste fin de cette existence charnelle, pour accéder à une nouvelle vie, encore inconnue. Son esprit et son âme étaient en total désaccord. L’un suivait l’instinct, l’autre la sagesse. C’était plus qu’elle n’en pouvait supporter. Son esprit s’échappa de son corps, la laissant seule aux prises avec son destin.

Son âme, seule maître à bord, n’avait encore jamais pris les commandes de ce corps où elle n’était que de passage. Jusqu’à présent, l’esprit en avait la charge. Mais sa désertion compliquait les choses. Les corps privés d’esprit étaient considérés par les autres humains comme fous. Mais c’était une erreur : ils étaient guidés par leur âme. Et l’on voyait souvent des fous plus sages que certains humains. L’âme décida alors d’endormir le corps, et d’attendre.

Lorsque le corps tomba inanimé sur le sol, un petit attroupement se forma autour. Ceux qui s’étaient ainsi assemblés décidèrent d’une même voix de laisser le corps là où il s’était écroulé : depuis son arrivée au camp, elle n’avait pas proféré un seul mot et tandis que tous attendaient que l’eau sorte des pommeaux placés en hauteur, elle, se contentait de gratter les murs. La folie l’avait emportée loin des humains. Telle fut la conclusion à laquelle ses futurs compagnons de douleur parvinrent. De plus, la fréquence à laquelle ils voyaient des corps succomber les avait rendus insensibles.

Dans ce même temps, l’âme apprenait les étranges mécanismes de ce corps imparfait et amaigri par le manque de nourriture. L’âme sut ainsi que le corps ne survivrait pas. La seule décision sage qui se présentait à elle était de quitter à son tour ce lambeau, qui serait bientôt privé de souffle. Elle partit. Peu après, le cerveau et le cœur du corps cessèrent leur activité.

L’âme rejoignit l’esprit. Ils ne savaient où aller. Et bientôt, on viendrait chercher l’âme pour la juger.

  

Seule. Cette horrible pensée l’obnubilait. Elle était bel et bien seule. Pour la première fois de sa si longue vie. Et les larmes coulaient sur ses joues. C’était la première fois que son nouveau "corps" pleurait. Et elle eut l’impression qu’elle aurait ainsi pu pleurer éternellement.

            Simplement vêtue de sa longue robe blanche, ses pieds nus s’enfonçant sans bruit dans la neige glacée, elle avançait sans le vouloir réellement. Ses pleurs l’aveuglaient. Elle était devenue sourde à tous les bruits environnants. Et dans sa tête régnait cet implacable silence. Un silence de mort. Car c’était ici la maison de la Mort. Froide, noire, dépourvue de toute beauté, elle se dressait devant ses yeux, et avec elle étaient les âmes qu’elle avait trompées puis emportées dans sa chute. L’âme est éternelle. Sa souffrance aussi. Et plus l’on se rapprochait de cet enfer, plus la souffrance était poignante et plus la douleur était intense.

            C’est dans cet atmosphère de tristesse et de délabrement qu’elle continuait à avancer, inlassablement, mue par une force supérieure à celle de sa volonté. Lorsque le bâtiment se dessina fier et menaçant devant elle, elle ne put arrêter sa progression inexorable vers le lieu des tourments éternels que l’Homme avait lui-même érigé. Construire son propre enfer. Se croyant le plus sage des êtres présents à la surface, Il en était devenu fou.

            Elle arriva aux grilles d’Auschwitz. Les Portes de l’Enfer.

Les cris des âmes tourmentées parvinrent soudainement à ses oreilles. Une froide torpeur s’empara de son enveloppe. Elle sentit sa respiration se couper. Les Portes s’ouvrirent pour la laisser passer. Les cris l’environnaient de toutes parts. Elle tournait la tête vers ces millions de hurlements qui provenaient de tous côtés. Et les choses qu’elle vit la firent frémir : dépourvues de leur enveloppe, les âmes se déplaçaient à travers le camp, poussant toujours leur cri ravageur. Elle, elle continuait à avancer sans but. Les larmes n’avaient cessé de couler à ses yeux depuis son arrivée ici. Des visions d’une horreur indicible arrivèrent en masse à son esprit en ébullition. Des corps, nus, habillés, brûlés, décharnés, calcinés, grillés, froids, sans vie, faméliques, entassés, décomposés. Des yeux, révulsés, blancs, sans expression parfois, tandis que d’autres exprimaient ici la terreur, là le désespoir, la peur, la frayeur, l’angoisse, la douleur, la tristesse. Là, des cheveux de toutes couleurs et de toutes sortes, et elle se souvint qu’ils étaient autrefois accrochés à des crânes humains. Elle fut remplie de dégoût. Ici, des dents, en or pour la plupart. Du savon, fabriqué avec la graisse des morts. Des âmes aux yeux hagards erraient, déambulaient, prisonnières à jamais de leur tombe de béton.

Elle passa au-dessus de la fosse commune. Les cadavres, tout droits sortis des fours crématoires s’entassaient pêle-mêle. Toute l’horreur de ce lieu la submergea. Sa course s’arrêta alors. Elle ne pouvait en voir plus. Mais elle savait, elle sentait que derrière ces murs se dressaient d’autres vestiges de la barbarie des hommes. Les uns contre les autres. Elle pleurait toujours. Elle ne pourrait plus cesser de pleurer. Ses larmes afflueraient à ses yeux pour l’éternité. Et dans sa tête, continueraient à résonner les cris. Ils ne la quitteraient plus. Jamais, jamais, jamais…


Ma période Passion du Christ

27 février 2007 23:16
 
 

Jésus s’écroula sous le poids de sa croix. L’échine de la Lumière courbait sous le poids des Ténèbres. Les soldats qui l’escortaient attrapèrent alors un passant qu’ils chargèrent de porter le lourd fardeau. Il ne tenta pas de s’enfuir. Autour, la foule, compacte, manipulée par les chefs juifs, continuait de scander en rythme : «  A mort ! A mort ! », tandis que la  colline se rapprochait à chaque pas. Le Seigneur connaissait son destin.

Depuis 33 ans, il s'était préparé à cet instant fatal. Cet instant mystique où sa mission sur cette terre prendrait fin. Et quelle fin ! Il avait répandu son amour partout où il avait pu se rendre. Bientôt, il quitterait cette enveloppe corporelle pour livrer l'un des combats les plus ardus qu'il aurait à mener.

Dans son âme, la paix régnait. Malgré les coups, les crachats, les brimades et les insultes, il avait su écouter malgré tout la voix de son Père. C'est Lui qui l'avait envoyé ici. Pour être la Lumière dans l'Obscurité :

 

  Tout le peuple qui marchait dans l'ombre de la mort

A vu briller une lumière.

Sur tous ceux qui demeuraient dans le sombre pays,

Une lumière a resplendi.

Enfin brisées les chaînes, qui tant pesaient sur lui ;

Désormais l’ennemi s’enfuit. 

 

            L’accomplissement de cette prophétie ne se réaliserait que lorsqu’il aurait vaincu la Mort et son pouvoir. Pour cela, il devait pénétrer dans le royaume des morts. En mourrant lui-même. Dans le but de sauver ceux qui lui crachaient au visage et souhaitaient le voir mort le plus tôt possible.

            Chaque pas qu’il faisait lui semblait plus douloureux que le précédent. Chacun de ses membres se raidissait à l’approche du lieu final. Une couronne d’épines avait été posée sur son front, et le sang lui barrait les yeux. Ses bourreaux avaient placé un roseau en guise de sceptre dans sa main droite. Ils l’avaient couronné « Roi des Juifs ». Il était le Roi des cieux. Son corps souffrait une agonie qui n’approchait en rien celle qu’allait subir son âme.

Il était venu sur la terre pour montrer aux hommes le chemin de l’amour. Il la quitterait, environné de haine.

Jésus et son escorte empruntaient à présent le chemin qui serpentait jusqu’au sommet de la colline où devait se dérouler la crucifixion. La Vie s’avançait vers la Mort. Fils de Dieu, il allait périr comme un vulgaire condamné. Il songea à cette foule qui, à peine quelques jours plus tôt, était prête à le mettre sur le trône d’Israël. Il leur jeta un dernier regard. Ce n’était pas leur faute, songea-t-il. Les passions et les amours des hommes ne durent qu’un instant fugace. Ils étaient tellement manipulables. Il aurait suffi d’une bourse remplie de pièces pour que la moitié de cette immense foule vendit père, mère et enfants.

Jésus pensa alors au triste sort de Judas. Lui aussi avait rempli sa mission. Il avait livré le Fils du Dieu d’amour à la haine des hommes. L’Ennemi avait guidé sa main. Bien sûr, il avait voulu se repentir après cet acte odieux. Mais les chefs religieux avaient refusé de reprendre l’argent et de rendre Jésus. Pris de remords, il était allé se pendre.

Le sommet de la colline était à présent visible. Ils avançaient lentement.

La lumière avait perdu toute chaleur et toute beauté. Les harangues de la foule avaient perdu leur force. Jésus tenait à profiter au maximum de ces derniers instants avec son Père.

Le funeste cortège royal se trouvait maintenant à l’endroit de la colline où devait avoir lieu la mort du Roi.

Pendant que trois d’entre les soldats retenaient les prisonniers, les autres s’affairèrent à mettre en place les croix de bois qui serviraient à leur exécution. Le lieu avait été nommé « Golgotha », ce qui signifiait « lieu du crâne ». L’once d’humanité qui restait à ces hommes leur permit de donner à boire à Jésus et aux deux autres condamnés. C’était du vin mélangé avec du fiel, mixture destinée à adoucir la douleur et qui agissait comme un anesthésique. Jésus la goûta, mais refusa d’en boire par la suite. Il devait ressentir la douleur dans toute sa mesure pour que sa mission prenne toute sa grandeur.

Vint le moment d’attacher les prisonniers aux croix.

Les trois croix avaient été disposées en ligne. Jésus était au milieu. Elles étaient couchées sur le sol, puis après que les condamnés y auraient été cloués, elles seraient redressées à l’aide de cordes.

On fit allonger les trois hommes sur les croix qui leur étaient destinées. Jésus ne tenta pas de se défendre.

La foule continuait de se moquer de lui. La peur l’étreignait.

Un premier clou s’enfonça dans sa chair. Son pied gauche.

La foule riait.

Un second clou. Son pied droit.

La foule riait plus fort.

Un troisième et un quatrième. Ses mains.

La foule reprenait de plus belle.

Il les avait soignés. Ils le condamnaient à mort. Il les avait nourris. Ils lui crachaient à la figure. Il les avait consolés. Ils le frappaient. Il les avait aimés. Ils le haïssaient. Il mourrait. Ils en étaient heureux.

Jésus mourrait. Telle était la volonté du Père. Et tandis que la vie s’échappait peu à peu de son corps, il prononça sept paroles. Les sept paroles de la croix.

La première fut adressée à son Père dans les cieux :

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »

En dépit des coups et des crachats, il voulait les pardonner !

Tous continuaient à l’insulter, le provoquant : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! ». L’un des hommes qui était crucifié avec lui renchérit : « N’es-tu pas le Messie ? Alors sauve-toi toi-même, et sauve-nous avec toi ! ». L’autre crucifié rétorqua qu’eux, étaient coupables des crimes dont on les accusait, alors que Jésus, lui, était innocent. Il demanda alors à Jésus de lui garder une place avec lui au ciel, ce à quoi celui-ci répondit :

« Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »

Ce fut sa deuxième parole.

Le regard du Sauveur tomba alors sur Marie, sa mère, qui se tenait, courbée, la tête baissée, honteuse, car c’était là son fils que l’on mettait à mort devant tout Jérusalem. À côté d’elle, se trouvait Jean, l’un des disciples de Jésus. Le Maître s’adressa à son disciple et à sa mère en ces termes :

« Femme, voilà ton fils ; (puis au disciple) voilà ta mère. » Jean s’en alla tenant Marie par la main.

Ce fut la troisième parole de Jésus. Sa longue agonie n’avait pas encore pris fin.

 

Midi approchait, lorsque tout d’un coup, le pays entier fut plongé dans la plus grande obscurité, comme si le Ciel participait à la souffrance du fils de Dieu, comme si le soleil refusait de montrer à nouveau sa face aux hommes. On ne le vit plus avant trois heures de l’après-midi. Heure à laquelle une longue complainte s’éleva du fond de la gorge du Seigneur :

« Eli, Eli, lama sabachtani ? », ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce fut la quatrième parole.

Bientôt ce serait la fin. Tout serait achevé.

« J’ai soif. » fut la cinquième parole.

L’un de ceux qui étaient présents autour des agonisants courut aussitôt prendre une éponge qu’il imbiba d’eau afin que Jésus puisse boire. Il goûta.

Un cri de victoire jaillit du corps du Messie :

« Tout est accompli ! »

Ce fut son avant-dernière parole. Sa mission sur terre prenait fin. Désormais, il allait endurer le pire de tous les combats. Il savait qu’il allait devoir combattre. Sans faillir un instant. Il serait amputé du soutien paternel, et pour la première fois, il allait vivre loin de Lui, abandonné et seul, sans aucun secours que lui-même.

D’une parole, il aurait pu faire descendre du ciel une armée d’anges à l’épée flamboyante qui auraient terrassé les bourreaux d’un seul regard et l’auraient enlevé aux regards des hommes en un instant.

Mais il n’en fit rien.

 

            Il devait combattre la Mort. L’Amour s'apprêtait à affronter la Haine. Dans un dernier souffle, il cria : 

            « Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » Sur ce, il expira. Ce fut sa septième et dernière parole.

            A l’instant de sa mort, dans le Temple, l’épais et sombre rideau qui séparait Dieu des hommes se déchira de part en part.

            La terre trembla et les rochers se fendirent. Dans les cimetières, des tombes s’ouvrirent. Les corps qui y reposaient ressuscitèrent et se rendirent dans la ville où ils furent vus par de nombreuses personnes.

            Les gardes postés devant les trois condamnés furent saisis d’une indicible frayeur et l’un deux dit : « Certainement, cet homme était le Fils de Dieu. »

 

Le corps de Jésus fut déposé dans un tombeau. Son esprit s’envola vers son Père. Son âme allait voir tous les tourments de l’Enfer…


Oh, j'avais même fait une modif'...

27 février 2007 23:08
 
 

Monstres ! La haine et la rage avaient complètement envahi le cœur de Loïs. Les yeux injectés de sang, elle tentait de lutter en vain contre des forces plus puissantes que les siennes. Depuis qu’ils l’avaient emportée loin des rivages de son Afrique natale, l’amertume et la rancœur s’étaient immiscées dans son esprit. Pourtant, jusque-là, elle avait toujours su demeurer digne en dépit de sa condition d’esclave. Il était extrêmement rare qu’elle fût la victime du fouet. Dès le début, elle avait compris que seules l’obéissance et la docilité lui seraient utiles dans ce monde barbare où chacun clamait la haute valeur de la liberté tout en asservissant ses semblables. Ils lui avaient tout pris : son passé, son présent comme son futur.

 
*
 

Elle se remémorait à peine le visage de ses parents et le souvenir de ses amis et de ses années heureuses n’était plus qu’une ombre dans sa mémoire. Seul le visage de Kedar demeurait présent à son esprit, comme gravé dans la roche. Il était celui qu’elle aimait plus que tout au monde. Sa douceur et sa force mêlées d’une étrange façon l’avaient tout d’abord irritée. Mais, plus le temps passait, plus elle avait été charmée puis séduite par les manières si peu coutumières de cet homme hors du commun. Il avait finalement remporté la victoire, et leurs noces devaient être célébrées dans un court délai, avant que la saison des pluies ne débute. Les parents des deux tourtereaux se réjouissaient déjà à l’idée de voir leurs familles se réunir grâce à cette union.

         Tout avait basculé la veille de la célébration. Loïs s’était aventurée hors du village, seule, afin de rechercher une dernière fois l’approbation des esprits de la savane. À l’affût de manifestations surnaturelles, elle en avait oublié les dangers dissimulés dans la nature. C’est à ce moment-là qu’ils l’avaient capturée. Ils avaient formé un cercle autour d’elle afin de prévenir toute tentative de fuite et lentement, sans même qu’elle en ait conscience ils s’étaient rapprochés. Finalement, ils s’étaient sauvagement jetés sur elle. Des hommes blancs recouverts de poils, de tissus et de métal. Durs. Froids. Des yeux pareillement glacials. Et pourtant une haleine chaude et fétide. Elle avait tenté d’hurler, d’appeler Kedar – il l’aurait sauvée, il aurait massacré les agresseurs de celle qu’il chérissait, cela elle en était certaine – mais la lame aiguë d’une dague faisant mine de s’enfoncer dans sa chair l’avait promptement réduite au silence. Après s’être emparés d’elle, ils l’avaient liée de cordes. Ils avaient marché tout l’après-midi, ne faisant aucune pause sous le soleil de plomb. Loïs ressentait atrocement la soif, mais les hommes qui l’entouraient ne semblaient pas s’en soucier le moins du monde. Arrivés jusqu’à une sorte de campement, ils s’arrêtèrent. Le soleil s’était couché, et son absence devait inquiéter ses parents. Et Kedar ? Que penserait-il de cette disparition soudaine ? Tous présumeraient qu’elle fuyait cette union, pourtant c’était tout le contraire ! Que n’aurait-elle donné pour se trouver au sein des puissants bras de son promis ? L’angoisse et la peur formaient un poids dans sa poitrine. Quel pouvait bien être le but de ceux qui l’avaient capturée ? Ils n’avaient pas fait usage de la violence envers elle, pourtant le spectre de la dague restait présent à sa mémoire. Dans la savane, ils n’avaient pas osé prononcer le moindre mot, mais ici, leurs langues se déliaient. D’autres hommes les avaient rejoints, transportant eux aussi des prisonniers. La nuit noire empêchait Loïs d’apercevoir leurs visages, mais elle ressentait comme eux une frayeur indicible. Les Blancs avaient allumé un feu autour duquel ils se réchauffaient – les journées avaient beau être d’une chaleur étouffante, les nuits étaient plus froides qu’un cadavre. Ils avaient disposé les Noirs à plusieurs mètres de distance les uns des autres, sûrement dans le but d’éviter toute forme de communication entre eux. Deux des Blancs étaient restés auprès d’eux, tenant dans leurs mains de longs bâtons en métal qui reflétaient les flammes.

         Loïs songea bien à utiliser ses pouvoirs, mais à quoi bon ? Elle possédait bien la capacité de délier ses liens, cependant se retrouver seule, la nuit, dans la savane n’était pas une perspective réjouissante. De plus, chaque sort qu’elle lançait entamait sa réserve d’énergie, et vu qu’elle n’avait ni mangé, ni bu, elle préférait économiser le peu de forces qui lui restaient. La puissante magicienne était vulnérable et sans défense. Elle ne parvenait même plus à calmer le tourment de son cœur. Les esprits qu’elle s’était évertuée à rechercher n’avaient rien fait pour l’aider, et elle était la prisonnière d’hommes blancs dont elle ne connaissait même pas les desseins.

 
*