Ma période Passion du Christ

27 février 2007 23:16
 
 

Jésus s’écroula sous le poids de sa croix. L’échine de la Lumière courbait sous le poids des Ténèbres. Les soldats qui l’escortaient attrapèrent alors un passant qu’ils chargèrent de porter le lourd fardeau. Il ne tenta pas de s’enfuir. Autour, la foule, compacte, manipulée par les chefs juifs, continuait de scander en rythme : «  A mort ! A mort ! », tandis que la  colline se rapprochait à chaque pas. Le Seigneur connaissait son destin.

Depuis 33 ans, il s'était préparé à cet instant fatal. Cet instant mystique où sa mission sur cette terre prendrait fin. Et quelle fin ! Il avait répandu son amour partout où il avait pu se rendre. Bientôt, il quitterait cette enveloppe corporelle pour livrer l'un des combats les plus ardus qu'il aurait à mener.

Dans son âme, la paix régnait. Malgré les coups, les crachats, les brimades et les insultes, il avait su écouter malgré tout la voix de son Père. C'est Lui qui l'avait envoyé ici. Pour être la Lumière dans l'Obscurité :

 

  Tout le peuple qui marchait dans l'ombre de la mort

A vu briller une lumière.

Sur tous ceux qui demeuraient dans le sombre pays,

Une lumière a resplendi.

Enfin brisées les chaînes, qui tant pesaient sur lui ;

Désormais l’ennemi s’enfuit. 

 

            L’accomplissement de cette prophétie ne se réaliserait que lorsqu’il aurait vaincu la Mort et son pouvoir. Pour cela, il devait pénétrer dans le royaume des morts. En mourrant lui-même. Dans le but de sauver ceux qui lui crachaient au visage et souhaitaient le voir mort le plus tôt possible.

            Chaque pas qu’il faisait lui semblait plus douloureux que le précédent. Chacun de ses membres se raidissait à l’approche du lieu final. Une couronne d’épines avait été posée sur son front, et le sang lui barrait les yeux. Ses bourreaux avaient placé un roseau en guise de sceptre dans sa main droite. Ils l’avaient couronné « Roi des Juifs ». Il était le Roi des cieux. Son corps souffrait une agonie qui n’approchait en rien celle qu’allait subir son âme.

Il était venu sur la terre pour montrer aux hommes le chemin de l’amour. Il la quitterait, environné de haine.

Jésus et son escorte empruntaient à présent le chemin qui serpentait jusqu’au sommet de la colline où devait se dérouler la crucifixion. La Vie s’avançait vers la Mort. Fils de Dieu, il allait périr comme un vulgaire condamné. Il songea à cette foule qui, à peine quelques jours plus tôt, était prête à le mettre sur le trône d’Israël. Il leur jeta un dernier regard. Ce n’était pas leur faute, songea-t-il. Les passions et les amours des hommes ne durent qu’un instant fugace. Ils étaient tellement manipulables. Il aurait suffi d’une bourse remplie de pièces pour que la moitié de cette immense foule vendit père, mère et enfants.

Jésus pensa alors au triste sort de Judas. Lui aussi avait rempli sa mission. Il avait livré le Fils du Dieu d’amour à la haine des hommes. L’Ennemi avait guidé sa main. Bien sûr, il avait voulu se repentir après cet acte odieux. Mais les chefs religieux avaient refusé de reprendre l’argent et de rendre Jésus. Pris de remords, il était allé se pendre.

Le sommet de la colline était à présent visible. Ils avançaient lentement.

La lumière avait perdu toute chaleur et toute beauté. Les harangues de la foule avaient perdu leur force. Jésus tenait à profiter au maximum de ces derniers instants avec son Père.

Le funeste cortège royal se trouvait maintenant à l’endroit de la colline où devait avoir lieu la mort du Roi.

Pendant que trois d’entre les soldats retenaient les prisonniers, les autres s’affairèrent à mettre en place les croix de bois qui serviraient à leur exécution. Le lieu avait été nommé « Golgotha », ce qui signifiait « lieu du crâne ». L’once d’humanité qui restait à ces hommes leur permit de donner à boire à Jésus et aux deux autres condamnés. C’était du vin mélangé avec du fiel, mixture destinée à adoucir la douleur et qui agissait comme un anesthésique. Jésus la goûta, mais refusa d’en boire par la suite. Il devait ressentir la douleur dans toute sa mesure pour que sa mission prenne toute sa grandeur.

Vint le moment d’attacher les prisonniers aux croix.

Les trois croix avaient été disposées en ligne. Jésus était au milieu. Elles étaient couchées sur le sol, puis après que les condamnés y auraient été cloués, elles seraient redressées à l’aide de cordes.

On fit allonger les trois hommes sur les croix qui leur étaient destinées. Jésus ne tenta pas de se défendre.

La foule continuait de se moquer de lui. La peur l’étreignait.

Un premier clou s’enfonça dans sa chair. Son pied gauche.

La foule riait.

Un second clou. Son pied droit.

La foule riait plus fort.

Un troisième et un quatrième. Ses mains.

La foule reprenait de plus belle.

Il les avait soignés. Ils le condamnaient à mort. Il les avait nourris. Ils lui crachaient à la figure. Il les avait consolés. Ils le frappaient. Il les avait aimés. Ils le haïssaient. Il mourrait. Ils en étaient heureux.

Jésus mourrait. Telle était la volonté du Père. Et tandis que la vie s’échappait peu à peu de son corps, il prononça sept paroles. Les sept paroles de la croix.

La première fut adressée à son Père dans les cieux :

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »

En dépit des coups et des crachats, il voulait les pardonner !

Tous continuaient à l’insulter, le provoquant : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! ». L’un des hommes qui était crucifié avec lui renchérit : « N’es-tu pas le Messie ? Alors sauve-toi toi-même, et sauve-nous avec toi ! ». L’autre crucifié rétorqua qu’eux, étaient coupables des crimes dont on les accusait, alors que Jésus, lui, était innocent. Il demanda alors à Jésus de lui garder une place avec lui au ciel, ce à quoi celui-ci répondit :

« Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »

Ce fut sa deuxième parole.

Le regard du Sauveur tomba alors sur Marie, sa mère, qui se tenait, courbée, la tête baissée, honteuse, car c’était là son fils que l’on mettait à mort devant tout Jérusalem. À côté d’elle, se trouvait Jean, l’un des disciples de Jésus. Le Maître s’adressa à son disciple et à sa mère en ces termes :

« Femme, voilà ton fils ; (puis au disciple) voilà ta mère. » Jean s’en alla tenant Marie par la main.

Ce fut la troisième parole de Jésus. Sa longue agonie n’avait pas encore pris fin.

 

Midi approchait, lorsque tout d’un coup, le pays entier fut plongé dans la plus grande obscurité, comme si le Ciel participait à la souffrance du fils de Dieu, comme si le soleil refusait de montrer à nouveau sa face aux hommes. On ne le vit plus avant trois heures de l’après-midi. Heure à laquelle une longue complainte s’éleva du fond de la gorge du Seigneur :

« Eli, Eli, lama sabachtani ? », ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce fut la quatrième parole.

Bientôt ce serait la fin. Tout serait achevé.

« J’ai soif. » fut la cinquième parole.

L’un de ceux qui étaient présents autour des agonisants courut aussitôt prendre une éponge qu’il imbiba d’eau afin que Jésus puisse boire. Il goûta.

Un cri de victoire jaillit du corps du Messie :

« Tout est accompli ! »

Ce fut son avant-dernière parole. Sa mission sur terre prenait fin. Désormais, il allait endurer le pire de tous les combats. Il savait qu’il allait devoir combattre. Sans faillir un instant. Il serait amputé du soutien paternel, et pour la première fois, il allait vivre loin de Lui, abandonné et seul, sans aucun secours que lui-même.

D’une parole, il aurait pu faire descendre du ciel une armée d’anges à l’épée flamboyante qui auraient terrassé les bourreaux d’un seul regard et l’auraient enlevé aux regards des hommes en un instant.

Mais il n’en fit rien.

 

            Il devait combattre la Mort. L’Amour s'apprêtait à affronter la Haine. Dans un dernier souffle, il cria : 

            « Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » Sur ce, il expira. Ce fut sa septième et dernière parole.

            A l’instant de sa mort, dans le Temple, l’épais et sombre rideau qui séparait Dieu des hommes se déchira de part en part.

            La terre trembla et les rochers se fendirent. Dans les cimetières, des tombes s’ouvrirent. Les corps qui y reposaient ressuscitèrent et se rendirent dans la ville où ils furent vus par de nombreuses personnes.

            Les gardes postés devant les trois condamnés furent saisis d’une indicible frayeur et l’un deux dit : « Certainement, cet homme était le Fils de Dieu. »

 

Le corps de Jésus fut déposé dans un tombeau. Son esprit s’envola vers son Père. Son âme allait voir tous les tourments de l’Enfer…