Ce soir, je ne dors pas,
C'est la toute toute première fois...
Oh, j'espère bien que je vais pouvoir m'endormir et oublier. Mais c'est impossible. Merde, on est le 13 août et je suis un adulte. J'écris même des gros mots, tiens. J'ai envie de crier putain, connard, salopard, couard, lâche, hypocrite, mais je serais ingrat, hein ? Puisqu'il est interdit de dire des noms dans ce jeu, je tairai ton identité, ne t'inquiiète pas. De toute façon, tu t'en contrefous de ce que les gens disent de toi dans ton dos : tu en fais tellement dans le leur qu'ils seraient stupéfaits.
Merci en tout cas. Tu m'as tellement appris en une journée que je ne sais pas si je serais capable de t'exprimer toute ma gratitude un jour. Ce n'est pas de l'ironie, hein, je parle au premier degré. Kounyé a, m-konnin sa ki nan kè lè zom.
Ce que j'ai pu être con. Mais j'étais jeune et con, et heureux de l'être. J'y croyais moi à ces valeurs universelles, j'avais confiance. J'étais presque devenu humaniste, tiens. Avec toi, j'ai cru qu'il y avait du bon dans chaque être humain, même chez les S. Ma première intuition était la bonne : en CP, je m'étais promis de ne jamais faire ami avec des S et assimilés. Du coup, en CE2, je n'adressai pas la parole à Benjamin M. et je ne saluais que vaguement Alexandre, Fabrice ou Salma. En 6ème, rebelotte : ils s'appelaient Alexis, Johann, Armand et Mathieu. Au collège, c'était Florian, c'était Anthony, c'était JB. J'avais raison. Et puis, je me suis voulu ouvert d'esprit. Y avait toi. T'étais sympa, toi. Je t'aimais bien, très beaucoup même. Je dois avoir un 6ème sens, tu sais, un truc pour ne tomber que sur des moches ou des connards (et aussi des poissons-psy). Oh oui, on ne s'est jamais tombés dessus, et cette nuit, je ne le regrette pas un seul instant. N'empêche, j'aimais bien t'avoir comme ami.
En fait, ce n'est pas vraiment à toi que j'en veux, mais surtout à moi d'avoir été si crédule, si naïf, si prompt et si hardi à aimer. Ça fait trop mal, je crois que je vais arrêter.
Bonne nuit.