Alice au Pays des Merveilles

28 septembre 2007 01:28
 
 

Aujourd'hui, je suis parvenu à écrire : "mes fesses arrivent dans deux minutes normalement".
Je progresse.


Sinon, j'ai une pensée émue pour Alice, 20 ans maintenant, enfin, non, 21. En allant chercher ma petite soeur, vlan, flash-back : neuf ans plus tôt, j'empruntai ce même chemin pour me rendre au collège, mon premier jour à Saint-Charles. En retard, je ne savais où aller, alors j'ai suivi Willie et ses copines qui parlaient fort, en espérant qu'elles aussi étaient en cinquième. Coup de bol, oui. Je découvre mon nom sur les listes : je suis en  5e 5. J'ai peur, parce que dans mon ancien collège, les classes avaient des noms de couleur : j'étais en 6e Mauve, et on avait souvent cours avec les 6e Turquoise. Bref, je me range dans la file, derrière Thomas, le Grand. Plus grand que Polochon (et que Marguerite aussi), je pense. En plus, lui, c'était un vrai sportif, il faisait du basket et buvait un bol de lait tous les matins. On rentre dans la classe, on s'asseoit par ordre alpabétique. Je suis à côté de Simon (va trouver la logique avec Allégrion, tiens). La prof' principale enseigne les maths (c'est peut-être pour ça qu'elle était nulle en alphabet). D'emblée, je l'aime pas et j'espère qu'elle tombera enceinte. Ce serait bien si tous les profs de maths prenaient des congés maternité. Cette pouffiasse madame fait l'appel, rappelle les options, et oh, petit souci, je fais du latin dans une classe non-latiniste (ah ! ça explique les battes de baseball, les lances-pierre et les gaz lacrymo' qui dépassent des sacs). En même temps, c'est un peu de ma faute, j'avais décidé de faire du latin ce matin-là, mais pas le jour du remplissage du formulaire d'inscription. Le lendemain, paré de mon ingénuité, je rentre en classe avec tout le monde, mais le Responsable de Division (ce collège était effrayant : en 6e, j'avais une Conseillère d'Education qui me filait des tickets quand je faisais mon regard de chien battu ; là, j'avais un Responsable de Division gueulard, qui s'appelait Paul, et qui cultivait une hitlérienne moustache), Paul donc, vient me chercher en classe et m'embarque. L'idée que je n'ai pas de papiers ne m'effleure pas l'esprit (je n'en ai toujours pas, pour changer). Je passe en 5e 2, et oh, miracle, je retrouve Willie qui ne me connaît pas, mais que j'ai déjà élue Meilleure Amie de Toute ma Vie (finalement, ce sera juste La Fille Avec Qui Je Rentre Parce Qu'Elle Habite Pas Loin). Dans cette classe, le prof' principal enseigne l'EPS, et il s'appelle Thierry. Du coup, je me sens mieux, et j'espère qu'il n'aura jamais d'enfants et qu'il trompera sa femme avec moi. L'année s'écoulant, ma popularité va croissant, je deviens délégué, chanteur attitré de la B.O. de Titanic, et bouffon officiel du cours de bio' (évitez de porter deux chaussures différentes pendant une interrogation orale au tableau où vous ne savez pas quoi répondre).

Mais tout ça n'a rien à voir avec Alice. Elle, c'est au CM2 que je l'ai connue. Née avec une malformation de l'oreille qui gênait sa scolarité, je l'avais un peu prise sous mon aile et vice-versa, d'autant que deux ans nous séparaient. Peu habituée à l'idée d'avoir des amis (mon extrême popularité entraîna tout un groupe de gens à faire copain-copain avec elle), elle choisit de mentir pour se rendre intéressante. Mais naïf, je ne le compris que bien plus tard. C'est ainsi qu'un lundi, elle m'annonça du haut de ses douze ans qu'elle était enceinte : elle avait fait le Truc avec son copain ce week-end, et ils n'avaient pas mis de préservatif. Du coup, elle attendait un enfant. Horreur et Putréfaction. Mais comment tu vas faire pour le contrôle de mardi ? Tu viendras en cours avec ton bébé ? C'est un garçon ou une fille ? Bien que tenu au secret, je ne pus m'empêcher d'en parler à Genima, ma voisine de l'époque. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans la cour de récréation, et tout le monde regardait son ventre, même Catherine qui réussit à placer : "Mais comment il a fait ? Elle est trop moche avec son oreille collée !". (Catherine, c'était Miss-Perfect, mais je la battais à chaque fois). Quelques temps plus tard, Alice nous révéla qu'elle avait abandonné son enfant... à sa mère !

*ATTENTION : LA SUITE CONTIENT DES SPOILERS SUR LA SAISON 3 DE DESPERATE HOUSEWIVES.*

- Grâce à un procédé technologique hyper avancé que vous pouvez pas comprendre, vous avez dix ans, et moi, j'en ai douze, j'ai mis mon bébé dans le ventre de ma mère. D'ailleurs, c'était des jumeaux.
- Hein ? Mais ton fils sera ton frère ? Ta soeur sera ta fille ?
- C'est un peu ça, oui. Mais vous inquiétez pas, tout se passera bien.

J'en veux à mes parents de m'avoir mis dans un collège loin de celui du quartier en sorte que je ne sus jamais ce qu'il était advenu de la mère d'Alice et des enfants de sa fille qu'elle s'était fait inséminer bien que ménopausée, mais je félicite Alice d'avoir prédit avec neuf ans d'avance l'épisode de Desperate Housewives où l'on découvre que Bree fait semblant d'être enceinte pour faire croire que l'enfant de Danielle, sa fille, est le sien, le fils de Danielle devenant son frère ou presque.

Voilà, tout ça pour dire que des fois, mon Alzheimer n'est pas trop aigü

Humeur: Satisfait